Le projet annoncé sur France Culture le dimanche précédent
« Un 29 février ça se mérite. Je vais préparer mon 29 février dès la veille. Je vais regarder une saison intégrale de 24 heures chrono. Si Jack Bauer peut bien remplir une journée, moi aussi je vais y arriver.
Mais ce jour-là, le 29 février, je risque d’avoir très sommeil pour avoir regardé la télé pendant 24 heures la veille. Je vais m’acheter de la vitamine C à la pharmacie et un flacon d’eau de bleuet pour calmer mes yeux tout rouges.
Le 29 février, j’ai toutes mes chances. Pour moi, c’est le jour du Petit Poucet, des petits et des faibles. C’est le 29 février que le mois de février fait un effort pour être aussi grand que les autres. Mais quoi qu’il fasse, février n’y arrivera jamais. J’hésiterai donc entre espoir et découragement. Contrairement à Jack Bauer, je passe beaucoup de temps à hésiter.
Le 29 février, c’est aussi le temps du rattrapage. On essaie de rattraper les erreurs et les approximations du comptage du temps. Alors, je sors mes propres comptes… aïe, aïe, aïe. Je referme aussitôt le tiroir, je ne vais pas gaspiller mon jour de chance !
Le 29 février, je remplis un bulletin de loto en cochant le 29 et le 2 mais je n’ai aucune idée sur les autres chiffres. Mon numéro fétiche c’est le 33 mais aucun mois ne comporte 33 jours. Erich Kästner dont j’aimais beaucoup les romans pour enfants quand j’étais petite a écrit Le 35 mai. Le 29 février, je pourrais relire Deux pour une, sur les jumelles Lottie, un bon bain de régression et de rigolade.
Le 29 février, c’est un cadeau du ciel. Comme je suis très en retard avec mon roman, j’essaye d’écrire un maximum de pages ce jour-là. Est-ce qu’on a déjà écrit un roman en un jour ?
En hongrois, année bissextile se dit szökőév, l’année qui bondit, qui saute, parce que la fête du roi Matthias sautait du 24 au 25 février. Je prends mon élan ! Le même mot signifie aussi échapper. Par le 29 février, on échappe à l’ordinaire.
Le 29 février, je fais une grande promenade et je cueille des perce-neige, des violettes, des renoncules ficaires, des pervenches bleues mais je trouve aussi des pervenches blanches qui sont beaucoup plus rares.
Si j’étais ministre de la culture, j’instaurerais un jour pour la fête de l’autobiographie. Tout le monde raconterait sa vie en quelques pages et on les échangerait entre voisins ou même des inconnus dans la rue et on s’intéresserait les uns aux autres. Je crois que je choisirais le 29 février. J’ai déjà un blog que j’ai intitulé Autobiographie de tout le monde mais je ne l’alimente jamais. Tiens le 29 février, je vais écrire un super-billet pour mon blog.
Les gens nés le 29 février, ils ont déjà fini l’université à leur sixième anniversaire. Par contre, tout le monde, quand on a par exemple 30 ou 40 ans, on a en fait 30 ans et 7 jours ou 40 ans et dix jours, en comptant tous les 29 février. Si je fais plus vieille que mon âge c’est pour ça ! En fait, je suis réellement plus vieille que mon âge !
Le temps file aussi vite un 29 février qu’un autre jour. Cent fois, je vais regarder la pendule. Le soir tombera vite. Mais le jour aura quand même aussi augmenté ce jour-là. On va gagner 4 minutes de soleil. Et c’est ça que je ne comprends pas avec les années bissextiles : il y a du soleil en trop. Quel jour de novembre ou de décembre on va perdre ces minutes de soleil surnuméraires ? »
La réalitéHier, jeudi 28, je devais aller à la fac (j’ai repris mes études de philo à La Sorbonne après 23 ans d’absence).
10 H 49 Ai pris le train jusqu’à Montparnasse.
12 à 13 heures A la place de Jack Bauer : David Hume.
13 H 15 Jean-Bernard Pouy (remise du prix de l’humour noir au restaurant le Procope). Il y a aussi Jacques Vallet et Patrice Delbourg, je croise Gérard Mordillat, Willem, je déjeune avec Ricardo Mosner et Mark Greene, pour ne mentionner que les hommes – à eux tous, ils valent bien des Jack Bauer, et les femmes : Hélène Delavault, Odile Conseil, la femme de Willem, un petit bonjour à Bernadette Laffont, déjeuner avec Béatrice Pire (dont c’était l’anniversaire, au lieu de Jack Bauer, nous avons parlé de Rick Moody et surtout de Dennis Johnson).
Retour à la Sorbonne puis retour à la maison.
Le 29 févrierPas d’yeux rouges ce matin, au réveil, écoute de France Musique, j’entends pour la première fois parler de « tuben », des tubas de Wagner, abondamment employés par Bruckner que j’aime beaucoup (mais c’est Rossini qui est né un 29 février).
Un peu de rangement.
Je vais à Versailles attendre mon amie Eva Halasz Csiba à la gare rive droite.
Nous déjeunons dans le restaurant (pas très bon) du parc du château. On se promène un peu sous la pluie.
On vient chez moi, elle me montre les fruits de ses recherches sur le cuir, des images sublimes de reliures anciennes et bien d’autres trésors.
Nous parlons, parlons, parlons, prenons des tartelettes aux fraises et aux framboises, puis je la reconduis à la gare Versailles RD.
Quelques mèls, le dîner à faire, j’en suis là.
Ah si ! J’ai fait un loto.
Et j‘ai encore plein d’autres projets pour ce soir avant minuit.