lundi 28 juillet 2008

Lisa

Au printemps dernier est née l'Association des Amis de Lisa Bresner.

Si vous souhaitez en faire partie, vous êtes les bienvenus.

Le but est la sauvegarde de la mémoire et le rayonnement de l'œuvre, nous aimerions encourager les vocations, universitaires, éditoriales, cinématographiques, les adaptations, les analyses, les biographies.

Un bulletin de l'Association pourra voir le jour afin de faire état des recherches en cours et de publier nous-mêmes certains travaux.

Longue vie aux livres de Lisa Bresner.

Lisa, on ne t'oublie pas.


Pour tout renseignement :

lesamisdelisabresner@free.fr

Présidente de l'Association : Mme Martine Bresner

Secrétaire : Eva Almassy


Cotisation annuelle : 25 euros
Pour les étudiants : 15 euros
Membres bienfaiteurs : à partir de 50 euros

Adresse

Association des Amis de Lisa Bresner

77 rue Lafaurie de Monbadon
33000 Bordeaux

vendredi 29 février 2008

Aventure bissextile

Le projet annoncé sur France Culture le dimanche précédent

« Un 29 février ça se mérite. Je vais préparer mon 29 février dès la veille. Je vais regarder une saison intégrale de 24 heures chrono. Si Jack Bauer peut bien remplir une journée, moi aussi je vais y arriver.

Mais ce jour-là, le 29 février, je risque d’avoir très sommeil pour avoir regardé la télé pendant 24 heures la veille. Je vais m’acheter de la vitamine C à la pharmacie et un flacon d’eau de bleuet pour calmer mes yeux tout rouges.

Le 29 février, j’ai toutes mes chances. Pour moi, c’est le jour du Petit Poucet, des petits et des faibles. C’est le 29 février que le mois de février fait un effort pour être aussi grand que les autres. Mais quoi qu’il fasse, février n’y arrivera jamais. J’hésiterai donc entre espoir et découragement. Contrairement à Jack Bauer, je passe beaucoup de temps à hésiter.

Le 29 février, c’est aussi le temps du rattrapage. On essaie de rattraper les erreurs et les approximations du comptage du temps. Alors, je sors mes propres comptes… aïe, aïe, aïe. Je referme aussitôt le tiroir, je ne vais pas gaspiller mon jour de chance !

Le 29 février, je remplis un bulletin de loto en cochant le 29 et le 2 mais je n’ai aucune idée sur les autres chiffres. Mon numéro fétiche c’est le 33 mais aucun mois ne comporte 33 jours. Erich Kästner dont j’aimais beaucoup les romans pour enfants quand j’étais petite a écrit Le 35 mai. Le 29 février, je pourrais relire Deux pour une, sur les jumelles Lottie, un bon bain de régression et de rigolade.

Le 29 février, c’est un cadeau du ciel. Comme je suis très en retard avec mon roman, j’essaye d’écrire un maximum de pages ce jour-là. Est-ce qu’on a déjà écrit un roman en un jour ?

En hongrois, année bissextile se dit szökőév, l’année qui bondit, qui saute, parce que la fête du roi Matthias sautait du 24 au 25 février. Je prends mon élan ! Le même mot signifie aussi échapper. Par le 29 février, on échappe à l’ordinaire.

Le 29 février, je fais une grande promenade et je cueille des perce-neige, des violettes, des renoncules ficaires, des pervenches bleues mais je trouve aussi des pervenches blanches qui sont beaucoup plus rares.


Si j’étais ministre de la culture, j’instaurerais un jour pour la fête de l’autobiographie. Tout le monde raconterait sa vie en quelques pages et on les échangerait entre voisins ou même des inconnus dans la rue et on s’intéresserait les uns aux autres. Je crois que je choisirais le 29 février. J’ai déjà un blog que j’ai intitulé Autobiographie de tout le monde mais je ne l’alimente jamais. Tiens le 29 février, je vais écrire un super-billet pour mon blog.

Les gens nés le 29 février, ils ont déjà fini l’université à leur sixième anniversaire. Par contre, tout le monde, quand on a par exemple 30 ou 40 ans, on a en fait 30 ans et 7 jours ou 40 ans et dix jours, en comptant tous les 29 février. Si je fais plus vieille que mon âge c’est pour ça ! En fait, je suis réellement plus vieille que mon âge !

Le temps file aussi vite un 29 février qu’un autre jour. Cent fois, je vais regarder la pendule. Le soir tombera vite. Mais le jour aura quand même aussi augmenté ce jour-là. On va gagner 4 minutes de soleil. Et c’est ça que je ne comprends pas avec les années bissextiles : il y a du soleil en trop. Quel jour de novembre ou de décembre on va perdre ces minutes de soleil surnuméraires ? »

La réalité

Hier, jeudi 28, je devais aller à la fac (j’ai repris mes études de philo à La Sorbonne après 23 ans d’absence).
10 H 49 Ai pris le train jusqu’à Montparnasse.
12 à 13 heures A la place de Jack Bauer : David Hume.
13 H 15 Jean-Bernard Pouy (remise du prix de l’humour noir au restaurant le Procope). Il y a aussi Jacques Vallet et Patrice Delbourg, je croise Gérard Mordillat, Willem, je déjeune avec Ricardo Mosner et Mark Greene, pour ne mentionner que les hommes – à eux tous, ils valent bien des Jack Bauer, et les femmes : Hélène Delavault, Odile Conseil, la femme de Willem, un petit bonjour à Bernadette Laffont, déjeuner avec Béatrice Pire (dont c’était l’anniversaire, au lieu de Jack Bauer, nous avons parlé de Rick Moody et surtout de Dennis Johnson).
Retour à la Sorbonne puis retour à la maison.

Le 29 février

Pas d’yeux rouges ce matin, au réveil, écoute de France Musique, j’entends pour la première fois parler de « tuben », des tubas de Wagner, abondamment employés par Bruckner que j’aime beaucoup (mais c’est Rossini qui est né un 29 février).
Un peu de rangement.
Je vais à Versailles attendre mon amie Eva Halasz Csiba à la gare rive droite.
Nous déjeunons dans le restaurant (pas très bon) du parc du château. On se promène un peu sous la pluie.
On vient chez moi, elle me montre les fruits de ses recherches sur le cuir, des images sublimes de reliures anciennes et bien d’autres trésors.
Nous parlons, parlons, parlons, prenons des tartelettes aux fraises et aux framboises, puis je la reconduis à la gare Versailles RD.
Quelques mèls, le dîner à faire, j’en suis là.
Ah si ! J’ai fait un loto.
Et j‘ai encore plein d’autres projets pour ce soir avant minuit.

mercredi 22 août 2007

Lili Bai à Libé


Editrice de Libellules, je vois les mots clés qui conduisent les lecteurs jusqu’au blog.
Lisa Bresner Libération
Lisa Bresner Libé

On cherche à savoir ce que Libération a dit de la disparition de Lisa. Je croyais qu’il y avait un entrefilet, quelque chose. Ce matin, à la bibliothèque, j’ai feuilleté le journal, tous les numéros du 30 juillet au 7 août. Rien. Je me suis dit, pas possible. J’ai recommencé, rien. Si, finalement.
Dans Le Carnet (rubrique payante), du jeudi 2 août :

Décès
Martine Bresner, sa mère, Solal Robinne, son fils,
les familles Pety, Bellenger, Robinne
parents et amis
ont la très grande peine
de vous faire part
de la disparition soudaine de
Lisa Bresner
Ecrivain, scénariste, réalisatrice
à Nantes, à l’âge de 35 ans,
le 28 juillet 2007.
Une cérémonie d’adieu aura lieu
à la chapelle de l’Hôtel Dieu
(CHU de Nantes, rue Gaston Veil)
le vendredi 3 août à 14 H 30.

En réalité, la cérémonie a eu lieu à 15 heures (tandis que sur la pendule de la chapelle il était 14 heures, indéfiniment). Le moment n’est pas encore venu de faire le procès d’une presse française ignorante, assoupie dans son été (honte tout de même à Libération, honte aussi au Monde – vu le petit papier froid et fautif – il aurait mieux valu rien ! – signé P. K.), ni celui d’une édition française (pour d’autres raisons).
Dans les pages, parfois en une, de Libé, j'ai lu malgré tout et entre les lignes une histoire de Lisa Bresner tout au long de la semaine.
« Au cœur d’A bout de souffle – Jean Seberg » (bien sûr qu’il y a des ressemblances). Un grand article « made in China », sur Pékin : c’est dans Pékin est mon jardin que l’amant chinois nomme Lisa Lili Bai, féminisation de Li Bai (Li Po). Le 31, couverture noire, barrée du mot Silence - pour Ingmar Bergman. Plus encore, le 1er août, « Buona Notte » - pour Michelangelo Antonioni, avec son visage magnifique, aveugle, comme d’outre-lumière, d’outre-monde. Ils ont pu prendre, ces deux-là, Lisa et son cinéma naissant sous leurs larges ailes.
Enfin, la rubrique « Mon Journal », avec la semaine d’une Asiatique, ce qui m’a rappelé que Libération avait autrefois publié une semaine à Kyoto d'une certaine Lisa Bresner.

mercredi 15 août 2007

Page Lisa Bresner

Les citations choisies sont des extraits de romans, d’essais ou de contes.
Isolées sur cette page, elles risquent de signifier autre chose que dans leur contexte. Mon choix lui-même est sans doute guidé par le manque.


La structure du monde correspond à celle de l’individu qui tire son architecture de ce même monde. Est-ce pour cette raison que l’anatomie du corps humain ne fut pas envisagée dans la médecine antique ? La curiosité, la surprise originelle devant l’arrêt de la vie que contient en lui le corps destiné à mourir ne se porta jamais sur ce qui se trouvait à l’intérieur de lui, on préféra conserver l’intégrité de l’être, un corps sans fissures, à l’image du ciel quand il n’est pas «déchiré» par les éclairs ou «bouleversé» par le tonnerre. […] Le corps humain contient l’univers, il possède son ciel, sa terre etc. (La tête correspond chez certains auteurs taoïstes aux monts Kun Lun.)

Lisa Bresner Pouvoirs de la mélancolie
Chamans, poètes et souverains dans la Chine antique
Albin Michel, 2004, page 99



C’est naturellement féminin de s’attacher à l’homme qui peut être tout et rien. Le tout vous effraie, vous excite, vous rend de l’extase pour toute réponse quand vous ne demandez qu’une simple explication. Où étais-tu ? Comment gagnes-tu cet argent ? Pourquoi tes ongles sont si longs ? Le rien accentue votre imagination, votre potentiel maternel, votre goût pour la lingerie spécialisée. Il savait tout, lui. […] Je l’ai appelé Platypus parce que comme l’ornithorynque de Tasmanie, il était beau et muet d’étonnement devant l’œuf qu’il venait de pondre et à qui il allait donner le sein.

Lisa Bresner Zoo
éd. Michel Baverey, 1999, page 41



Lao Tseu est allongé. Le rideau de la fenêtre est relevé, il voit la nuit diminuer et le jour progresser ensemble.
Pince-Lune va éteindre les bougies. Son cou est bleu, ses mains et ses jambes couvertes de blessures. Elle flotte dans sa robe sans ceinture. Sa cithare est tachetée de gouttes de cire et de sang.
L’un et l’autre se sont effrontés toute la nuit.
- Je vais devenir philosophe et je vais te quitter.
Il tire sur les deux pans de son écharpe et s’aperçoit que sa femme porte le même licou.
- Car aimer c’est se tuer à moitié.

Lisa Bresner Lao Tseu
Actes Sud, 2000, page 57



Marianne se réfugia dans son ancienne chambre d’enfant. Elle était pâle, presque verte, comme une lune qui prend un bain dans un champ de mûres, non qui s’est piquée aux ronces de mûrier. Les pans de sa robe fouettaient les murs du couloir. Des fragments de peinture s’effritèrent à son passage. Le vent ? accusera-t-elle, un vent coquin, amateur de fresques ! Je ne trace miette, moi, les romans, on ne les trouve pas dans mon assiette, mon histoire dore dans le four, pitt ! pitt !, venez dîner, pardon ce n’est pas cuit !

- Arrête ! (Je préfère vivre mes histoires que de les inventer ou de les lire pour dix francs. Oser vivre, c’est peut-être un jour aimer tuer ou mourir ! mais quel monde serai-je moi-même devenue ! Si je suis un monde, lorsque je mourrai ce n’est pas moi qu’on enterrera, seulement un de mes personnages.)
(Je joue un personnage ? Alors demain ce n’est pas moi qu’on mariera pour la quatrième fois. Je peux aussi choisir d’être une gentille épouse et de travailler à Hong Kong dans l’import-export. Si je suis tout le monde, je dois bien reconnaître qu’il me faudra être aussi cette femme-là.)

Lisa Bresner La vie chinoise de Marianne Pêche
Gallimard, 1996, pages 123 et 164



Pour la première fois depuis des semaines, j’avais faim. Non pas de choses à manger mais de deuxièmes fois. Je voulais vivre, embrasser, même souffrir pour la neuvième fois, la huit cent quarante-huitième fois !
Depuis peu de temps, il y avait eu trop de premières fois dans ma vie. J’avais beau être toujours vierge, il me semblait que le monde entier m’avait grimpé dessus !
Cette pluie à mon balcon, la chose la plus douce, la plus nue !
J’en avais collectionné les gouttes comme des vêtements pour m’habiller à l’intérieur, là où je voulais que personne n’aille.

Lisa Bresner Pékin est mon jardin
Actes Sud, 2003, page 47


Devant moi, le Cinquième et dernier Pont ressemblait à un œil immense, posé sur le courant de la rivière. C’était le plus beau de tous les ponts de Kyôto. J’étais très loin de chez moi, encore plus de l’école. Personne ne savait où j’étais et je n’avais pas dit un mot depuis quelques heures.
Au milieu du pont, il y avait un garçon un tout petit peu plus grand que moi. Il ne souriait pas, il ne pleurait pas, il était en train de tomber du pont et de crier TASUKETE* !

Lisa Bresner Misako
éd. MEMO, 2003


* Au secours !



Bibliographie intégrale,
extraits,
photos de ses livres
sur le site de Lisa :
Vous pouvez y laisser un hommage.
Un film de 22", Feuilleton de Enola S. Cluzeau, avec Lisa Bresner dans le rôle principal :
Article magnifique, entretien avec Lisa, photos superbes, par Daniel Morvan :

mardi 14 août 2007

La poupée retrouvée

J'étais mal, j'avais des remords, je croyais l'avoir perdue, jetée, un cadeau de Lisa, cette poupée qui devait avoir un bout de dentelle épinglé à la tête, un autre au nombril, elle ne se trouvait nulle part, je n'en dormais pas, mais hier, toute nue, toute petite, elle a refait surface, tranquillement assise au pied d'un gros dossier au titre crayonné :

"Les 1000 enfants".

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dimanche 12 août 2007

Autobiographie de tous mes mois d’août sauf…


Depuis 2001, en tout cas, toujours pareil :
je reste chez moi, je termine mon roman (contrat signé en juin 2000). Tous les ans, l’été passe (eau de piscine, grand air, bicyclette, framboises), le livre ne se fait pas. Tous les ans, sauf cette année. Aussi bien, ce livre, je le ferai enfin. Mais la nuit, mon être n’est qu’une zone d’occupation de cauchemars, j’ai peur, comme l’été – ce n’est que maintenant que j’y pense – où ma mère était à l’hôpital, pour mourir le 30 août. J’avais dix ans, et elle était pour moi, ma mère, morte à 46 ans, une jeune morte.

Le 28 juillet 2007, et c’est cette date qui change tout, la foudre est tombée, incendiant mes irrésolutions et atermoiements, les hésitations estivales de tous les étés. Mon amie Lisa Bresner est morte à 35 ans et neuf mois.
A peu de choses près – le demi-siècle de distance, les pays autres, les langues si différentes, le tout qui sépare les êtres mais qu’on peut toucher de la pulpe sensible de nos doigts – c’était, le calcul est absurde, l’âge de ma mère au moment où je suis née.

Règles du jeu : nos 1001 vies

Quel va être le sort de ces pages, je l’ignore.
Je les lance au cœur de l’été, avec l’idée de vous faire écrire. Chacun sa vie.
Si j’étais ministre de la culture (mais je n’aimerais pas l’être), je créerais une fête de l’autobiographie. On échangerait nos feuillets dans la rue, on les ferait pleuvoir comme des tracts sur les plages – les vies sont naturellement biodégradables – ou bien encore, pour chaque C.V., on rédigerait un anti-CV., avec que du subjectif, de l’unique, les échecs, les peines, et pas que les diplômes. Les ambitions et les souvenirs, les accidents heureux ou malheureux. Tout, en peu de mots.
Le cadre que j’offre : la case "Commentaires", venez-y, invitez-vous, exprimez-vous. Dites.
La promesse que je fais : remonter ici certains textes des "Commentaires", les analyser, les donner en exemple, les commenter à mon tour, les souligner. Réagir, faire réagir. Garantie de sincérité. Je pourrais aussi proposer des formes.
Exemple : Autobiographie de tous mes mois d’août sauf l’année où…
Des critères, des contraintes, sans excès. Un point de vue.
Allez, c’est parti.

Nos 1001 vies…




 
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